Formation, compétences et emploi
Nombre d’enseignants et d’étudiants se questionnent sur l’existence d’un décalage entre formation et emploi. Une bref note rédigée par Christine Guégnard, Julien Calmand, Jean-François Giret , et al., sous le titre « La valorisation des compétences des diplômés de l’enseignement supérieur en Europe », apporte des éléments de réponse à cette question.
Le diplôme et l’emploi
Au sein de l’Europe, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a en moyenne plus que doublé durant les vingt-cinq dernières années. Ces niveaux d’éducation plus élevés doivent permettre aux diplômés d’obtenir des emplois de direction, d’encadrement et d’expertise comme jamais auparavant. Mais quelles sont leurs chances d’occuper de tels postes qui valorisent leurs compétences et leur potentiel ? L’enquête REFLEX (Research into Employment and Professional Flexibility) apporte de réponse à cette question (1). REFLEX permet d’étudier les débuts de carrière des diplômés sur différents marchés du travail, de dégager les tendances communes au niveau de l’Europe et de saisir les particularités de chaque État.
Les résultats de l’enquête permettent d’établir certaines considérations.
- D’abord et sur le plan de l’insertion professionnelle, la plupart des diplômés ont un accès rapide et durable à l’emploi. Les deux tiers n’ont pas connu de périodes de chômage depuis leur sortie de formation, et cinq ans après la fin des études, seuls 4 % sont au chômage.
- En deuxième lieu,
- Ensuite, les trois quarts des diplômés des quinze pays européens exercent des fonctions de directeurs ou de « professionnels », 19 % occupent des professions intermédiaires et 7 % sont employés ou ouvriers qualifiés.
- Cinq ans après la fin de leur formation initiale, les trois quarts de ces jeunes diplômés du supérieur sont en emploi à durée indéterminée, et 80 % d’entre eux travaillent à temps plein. La moitié a obtenu un poste stable dès leur première embauche et plus de 40 % sont restés dans leur premier emploi. Néanmoins, tous n’arrivent pas sur le marché du travail dans les mêmes conditions.
- Enfin, les jeunes soulignent l’existence d’un lien fort entre le contenu de la formation suivie et la qualité de l’emploi occupé. En outre, leurs compétences sont reconnues, et ils estiment jouer un rôle dans l’introduction des innovations au sein de leur entreprise.
Cependant, l’enquête montre aussi de fortes disparités entre les pays, qu’il s’agisse des modalités d’entrée dans la vie active, de la qualité de l’emploi occupé, de la perception des diplômés sur leur enseignement, ou de la place des femmes sur les marchés du travail.
Les diplômés des pays du Nord et de l’Europe centrale bénéficient de meilleures conditions d’insertion professionnelle. Par contre, En Espagne, en Italie et au Portugal, les jeunes débutent leur
parcours professionnel par une durée conséquente de recherche d’emploi et de nombreux contrats temporaires. En moyenne, sur l’ensemble des quinze pays étudiés, près de la moitié des diplômés débutent leur premier emploi sur un contrat à durée déterminée, mais ils sont plus de 70 % en Espagne et près de 60 % en Italie et au Portugal. Par sa part, les jeunes diplômes français se trouvent dans une position intermédiaire. Ils connaissent une durée de recherche légèrement plus élevée pour une première embauche et un chômage supérieur à la moyenne au moment de l’enquête. En moyenne, les Français obtiennent un poste stable seulement cinq ans après de la sortie de l’enseignement supérieur.
Quel lien entre formation et emploi
La forte expansion des effectifs conduite à se poser la question si le diplôme ne joue que le rôle d’un filtre de plus ou si, par contre, il existe un rapport entre le contenu du diplôme et le poste obtenu ; autrement dit, est-ce que l’on assiste à un décalage entre les diplômes délivrés et les emplois occupés à la sortie des études ?
Parmi les jeunes qui exercent pour la plupart des postes de direction ou de cadre supérieur, seuls 7 % déclarent occuper un emploi non approprié à leur diplôme. Cependant, comme toujours, on constate une forte divergence selon le pays : allant de 3 % pour les Français et les Norvégiens, à 14 % pour les Britanniques et 17 % pour les Espagnols.
Les trois quarts des diplômés européens affirment que les connaissances et compétences acquises en formation initiale sont utilisées dans leur activité professionnelle actuelle. Dès la première embauche, plus de la moitié des jeunes estimaient déjà être employés à leur niveau de compétences. Dans ce registre, « la maîtrise de leur propre domaine de discipline », « l’esprit analytique » et « l’aptitude à acquérir de nouvelles connaissances » sont considérés comme les trois points forts de leur enseignement supérieur.
- Parmi les atouts, les jeunes diplômés affirment que la formation leur a fourni une bonne base pour développer par la suite de nouvelles connaissances, pour commencer à travailler, pour remplir leurs tâches professionnelles actuelles ou pour développer leur future carrière.
- Parmi les faiblesses de leur formation, ils citent en première position « l’aptitude à écrire et parler dans une langue étrangère », puis désignent « la capacité à assurer leur autorité » et ensuite, « la faculté à négocier de façon efficiente ».